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22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 17:20

   
 Avec sa nouvelle déclaration de principes, le Parti Socialiste décide en fait de s’aligner définitivement sur une social-démocratie européenne qui a perdu depuis longtemps ses points de repères et dont la fragilité résulte de son ralliement au libéralisme économique et de son incapacité à définir un projet alternatif de transformation sociale.

En affirmant l’objectif « d’une économie sociale et écologique de marché », référence explicite au traité de Lisbonne, le Parti Socialiste renonce à la socialisation, même progressive, des moyens de production et d’échange, et donc à un autre mode d’organisation sociale.

Les socialistes fidèles à Jaurès ne sauraient ni accepter ce calamiteux renoncement, synonyme d’abandon des valeurs fondamentales du Socialisme ni cautionner, sous couvert de modernisation, l’officialisation de la dérive sociale-libérale.

Pour eux le capitalisme n’est pas un horizon indépassable et le Socialisme reste cette idée neuve pour l’égalité, l’émancipation sociale et la libération des peuples.

Le monde a certes beaucoup changé mais pas l’exploitation de l’homme et, devant les désastres engendrés par le capitalisme international et financier, rien n’est plus urgent aujourd’hui que de reconstruire une idéologie de rupture pour ouvrir une nouvelle voie.

C’est assurément la conviction de nombreux militants qui, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Parti Socialiste, considèrent que la construction d’une véritable alternative exige d’abord de retrouver l’authenticité socialiste.

 

 

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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 17:11

 

(Tribune publiée dans le Monde daté du 29 Mars 2008)

 

Nicolas Sarkozy et son parti viennent d'être lourdement sanctionnés aux élections municipales et cantonales. Celles et ceux qui, voilà moins d'un an, s'étaient laissé abuser par le populisme et les promesses du futur président le désavouent. Sur fond d'inégalités croissantes et d'étalage indécent des privilèges d'une infime minorité, une crise de confiance s'ouvre entre le pays et ses gouvernants. Un clash politique et une confrontation sociale majeure se profilent.

On attendrait d'une gauche digne de ce nom qu'elle se hisse à la hauteur de l'enjeu. Que, forte de cette victoire, elle marque immédiatement sa solidarité avec les mobilisations en cours contre les licenciements et pour les salaires. Qu'elle s'inscrive dès à présent dans les affrontements que vont provoquer les projets du gouvernement. Qu'elle oppose d'autres choix globaux à la politique du pouvoir. Nous en sommes loin.

Les principaux responsables du Parti socialiste exhortent le chef de d'Etat à une simple "correction" de son action. En perspective de leur prochain congrès, ils en appellent à une "modernisation" s'inspirant des projets de MM. Blair ou Prodi, dont les renoncements calamiteux ont pourtant produit les désastres sociaux que l'on sait. Pour ces municipales, emportés par une dérive ininterrompue depuis deux décennies, ils ont surtout songé à se tourner vers le MoDem.

Le verdict des urnes a pourtant démontré, et avec quel éclat, que le choix des classes populaires - non celui des amis de François Bayrou, avec leurs alliances à géométrie variable - était essentiel pour réunir les conditions d'un changement radical. Rue de Solférino, on devrait pourtant se souvenir de l'expérience calamiteuse du printemps 2007 : les victoires décisives sur la droite dépendent non de l'accumulation de succès électoraux partiels (comme aux régionales de 2004) ou d'ouvertures réitérées au centre, mais de la capacité à proposer une perspective mobilisatrice.

Là réside l'origine du marasme à gauche. A tant vouloir accompagner le modèle libéral, à refuser d'affronter les orientations économiques et sociales d'un capitalisme synonyme de crises boursières paroxystiques et de dévastations humaines sans limites, le social-libéralisme ne délivre pas de signe d'espoir à celles et ceux qui, comme à l'automne 2007, défendent le droit à la retraite, l'augmentation des salaires, les services publics, les droits des "sans", l'environnement.

Et c'est, en retour, la vacuité de son opposition qui autorise M. Sarkozy à ne vouloir tenir aucun compte de la raclée qu'il vient de subir. Incroyable paradoxe ! Bien que de nouveau minoritaire, la droite est résolue comme jamais à détruire une à une les principales conquêtes populaires de ces soixante dernières années, à remettre en question des principes républicains aussi fondamentaux que l'égalité ou la laïcité. Elle entend même rendre sa politique irréversible en quelques mois.

Au moment où la question sociale revient au premier plan, l'attente grandit d'une politique qui y réponde réellement. L'aspiration se fait plus profonde à une gauche qui refuse de considérer le capitalisme comme un horizon indépassable et s'emploie à bouleverser la donne politique. L'espace qu'a révélé l'émergence de Die Linke en Allemagne existe également dans notre pays. Ainsi, aux municipales, dans la plupart des communes où furent présentes des listes défendant des propositions vraiment à gauche et refusant l'accompagnement du libéralisme, elles auront réalisé des percées prometteuses.

Et plus elles auront réuni en leur sein de traditions et de forces diverses, plus leurs poussées auront été significatives... Une tendance dont auront également bénéficié les listes initiées par des municipalités communistes lorsqu'elles devaient faire face aux appétits du PS et de ses alliés. N'est-ce pas le signe que des dizaines de milliers d'hommes et de femmes veulent faire du neuf à gauche, que le rassemblement des énergies transformatrices est gage de crédibilité et de succès ?

Venant d'horizons et de cultures différents, nous voulons plus que jamais contribuer au débat sur la reconstruction d'une gauche du XXIe siècle.

Si elle veut échapper à la bipolarisation croissante de l'espace public, celle-ci ne saurait ni consentir à la satellisation par le social-libéralisme, au risque de signer son irréversible impuissance à faire émerger une authentique alternative, ni se résigner à la défense de pétitions de principe, qui ne permettent jamais de changer le cours des choses.

C'est d'une gauche de gauche que nous avons besoin. Qui réponde par l'exigence de justice et l'intérêt général au pouvoir occulte des marchés. Qui donne la priorité à la satisfaction des besoins populaires et à la redistribution des richesses. Qui porte l'objectif d'un mode de développement respectueux des grands équilibres écologiques et se montre soucieuse de protéger la diversité culturelle. Qui place la souveraineté du peuple au coeur de son projet. Qui affiche l'ambition de s'appuyer sur les mobilisations du plus grand nombre pour donner de nouveau majoritairement le ton à gauche. Qui devienne une véritable force et crée les conditions d'un gouvernement rompant enfin avec les logiques libérales...

Bien sûr, les choses ne sont pas simples. Le "non" de gauche au traité constitutionnel européen n'a pu se traduire en une candidature commune à la présidentielle. La tendance se fait aujourd'hui forte, au nom des succès électoraux partiels que viennent d'enregistrer les formations de la gauche de transformation, à se réfugier dans le statu quo. Ce serait, à terme, un choix mortifère.

La renaissance d'un espoir ne peut davantage procéder d'une addition de partis que d'un rassemblement autour d'un seul d'entre eux. Militants politiques, acteurs sociaux et culturels, écologistes, féministes, altermondialistes, nous sommes ensemble dans tous les combats sociaux. Nous venons encore de mener en commun la bataille contre le coup de force présidentiel sur le traité de Lisbonne.

Retrouvons-nous donc, du plan local à l'échelon national, sans préalable sur ce que peuvent être par ailleurs les engagements des uns ou des autres. Ouvrons largement nos échanges pour conduire une réflexion commune et pluraliste sur les réponses politiques qu'appelle en urgence la violence des attaques de la droite et du Medef. Portons conjointement ces réponses, dans le débat public comme dans les rendez-vous politiques et sociaux des prochains mois. Et de la sanction, nous passerons à l'alternative...


Eric Coquerel, président du Mouvement pour une alternative républicaine et sociale (MARS) ;

Claude Debons, ancien responsable syndical ;

Marc Dolez, député socialiste, Forces Militantes;

François Labroille, élu régional Ile-de-France, Alternative citoyenne ;

Roger Martelli, historien, PCF ;

Christian Picquet, animateur du courant Unir de la Ligue communiste révolutionnaire.

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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 10:57
 
 
    
            Le forum organisé par « Maintenant à gauche ! », le 24 Novembre à Paris, a été d’un grand intérêt.
 
            Les débats ont confirmé l’objectif,  largement partagé, de faire converger l’ensemble de la gauche de transformation sociale.
 
            Dans cette perspective, il a été notamment convenu :
 
- d’organiser en 2008 des Etats Généraux de toutes les forces de transformation sociale et de mettre en place un comité unitaire de préparation qui garantisse le pluralisme et l’ouverture de cette grande initiative.
 
- d’initier partout des espaces des débats avec le type de démarche que « Maintenant à gauche ! » a mis en œuvre pour ce forum.
 
- de saisir toutes les occasions de mobilisation sociale pour proposer et débattre des alternatives nécessaires et de faire de la campagne pour l’exigence d’un référendum sur le nouveau traité européen un axe fort de l’action commune de la gauche de transformation.
 
            Avec ces propositions, il nous appartient désormais de créer la dynamique permettant de réunir les conditions pour la construction d’une nouvelle force politique à gauche.
 
            Pour ma part, j’entends m’y impliquer pleinement.
 
            Ci-après le texte de mon intervention lors de ce forum.
 
            " Mes chers camarades,
 
            Pour rentrer immédiatement dans le vif de mon propos, je dirai qu’il y a urgence à enclencher le processus de construction d’une nouvelle force politique à gauche, urgence dictée à la fois par la situation politique et sociale, dont nous partageons largement l’analyse, et par l’état actuel de la gauche.
 
            La construction de cette nouvelle force politique est en effet indispensable pour porter le projet de transformation sociale, que je crois aussi nous appelons largement de nos vœux, pour imposer majoritairement à gauche la rupture avec toutes les politiques économiques menées depuis 25 ans, c'est-à-dire depuis le tournant libéral de 1983.
 
            Avant de s’avoir avec qui construire cette nouvelle force, il faut d’abord répondre à la question : pour quoi faire ?
 
            Nous y avons répondu pour l’essentiel dans le courant de la journée, ce qui exclut de construire une chapelle de plus tout comme l’idée d’un parti de toute la gauche qui irait des communistes au Modem !
   
            Cette nouvelle force a donc vocation à rassembler toutes les forces de la transformation sociale, qui peuvent venir d’horizons différents : républicains, communistes, écologistes, altermondialistes, féministes… et bien sûr socialistes.
 
            A cet égard, et s’il était besoin de vous rassurer, je vous indique qu’au Parti Socialiste il y a beaucoup de militants qui ne se résignent pas et qui ne renoncent pas, beaucoup de militants qui veulent lutter contre le capital et son système.
 
            S’ils n’ont pas encore renoncé à se battre à l’intérieur du Parti Socialiste, beaucoup, dont je suis, ne se font plus guère d’illusions sur la possibilité d’enrayer sa mutation en parti démocrate et la possibilité de le replacer au cœur de la gauche.
 
            Pour réussir la construction de cette nouvelle force politique, la participation de socialistes, aux côtés de beaucoup d’autres, est absolument indispensable, comme cela a été le cas, il y a 2 ans, dans la bataille du non au T.C.E.
 
            Construire cette nouvelle force c’est en réalité refuser le bipartisme actuel : nous le constatons aujourd’hui de manière affligeante, que cela soit sur les retraites, l’université et le traité européen, UMP et PS sont d’accord sur le fond, mise à part la méthode !
 
            Nous, nous affirmons que droite et gauche ont de profondes divergences sur le fond.
 
            Il y a urgence à engager le processus car la situation l’exige et c’est pourquoi je ne pense pas qu’il faille attendre davantage pour en afficher clairement la perspective et prendre des initiatives en ce sens.
                                                                                                                                
            Attendre d’avantage ne faciliterait rien, car il y aura toujours une bonne raison d’attendre : une échéance électorale, le congrès de telle ou telle organisation.
 
            Cela pourrait être l’une des conclusions de notre journée, nous pourrions par exemple décider de l’organisation d’Etats Généraux de la gauche pour la transformation sociale et ce dès le printemps 2008.
 
            Dans la période qui vient, il importe aussi de jeter les bases de cette nouvelle force en menant ensemble la bataille pour l’exigence démocratique du référendum et refuser que la souveraineté populaire soit bafouée. Dans le débat sur l’avenir des retraites, nous devrions ensemble récuser l’idée de devoir travailler plus longtemps et plaider pour un alignement par le haut.
 
            Le parti que nous avons à construire doit être à la fois celui de la protestation et de la proposition.
 
            C’est notre responsabilité collective, une responsabilité historique, que de participer à cette construction. Si non, qui d’autre le fera ?
 
            Parce que cette perspective répond à une aspiration profonde de notre peuple, nous allons la concrétiser. Alors, au travail ! "
 
 
 
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17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 15:03
La Fête de l’Humanité a rassemblé beaucoup de monde, ce week-end, à La Courneuve. Elle a aussi été l’occasion de très nombreux débats, quelques mois après la nouvelle et lourde défaite de la gauche aux présidentielles.
 
Celui avec les responsables des principaux partis de gauche a débouché sur la décision d’une riposte commune à la politique de Sarkozy. C’était une nécessité.
 
Celui organisé par PRS (Pour la République Sociale), auquel j’ai participé aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain, Claude Debons, Jean Dessessard, Christian Picquet,  Eric Coquerel, Emmanuel Maurel, a été passionnant.
 
Dans notre diversité et forts de la campagne que nous avons menée ensemble en 2005 pour la victoire du « NON », nous avons tous affirmé : « La gauche a besoin d’une force politique nouvelle ! »
 
La perspective est maintenant clairement ouverte.
 
 Elle est enthousiasmante mais suppose, pour se concrétiser, de réunir quelques conditions politiques. J’y reviendrai prochainement.
 
 
 
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24 avril 2007 2 24 /04 /avril /2007 11:03
Déclaration de Marc DOLEZ, le 23 avril 2007,
au lendemain du 1er tour de l’élection présidentielle
 
 
Je me félicite d’abord de l’exceptionnelle mobilisation électorale de ce 1er tour qui, atteignant un niveau record, traduit une réappropriation de la politique par les citoyens.
 
Je constate à regret que, malgré le score très honorable de la candidate du Parti Socialiste, la gauche est, avec 36% des suffrages exprimés au niveau national, à son plus bas niveau depuis 1969. Il conviendra de tirer les enseignements de cette inquiétante situation.
 
Mais, pour l’heure, l’essentiel est de battre la droite et son candidat,  l’essentiel est d’empêcher la poursuite et l’amplification de la politique de régression sociale menée depuis 5 ans.
 
Pour gagner ce combat qui s’annonce difficile, toutes les forces de gauche, tous ceux qui sont attachés au modèle social français issu de la Résistance doivent désormais se rassembler autour de la candidature de Ségolène Royal.
 
Aucune voix ne doit lui manquer pour barrer la route à l’ultralibéralisme, au communautarisme, à l’atlantisme et aux dérives sécuritaires du candidat Sarkozy.
 
Pour gagner, la gauche doit affirmer ses valeurs avec force et conviction, sans compromission ou calcul électoraliste. Elle doit répondre impérativement à la situation d’urgence sociale que connaît le pays, en avançant des propositions concrètes pour revaloriser le pouvoir d’achat, pour garantir à chacun le droit à l’emploi, à une retraite décente, au logement, à l’éducation, à la santé.
 
Pour battre la Droite, pour le progrès et la justice sociale, j’appelle à voter et à faire voter Ségolène Royal.
 

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21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 11:16

Texte initialement publié le 19 mars 2007


Avec environ 35% des intentions de vote au premier tour, son plus bas niveau depuis 1969, la gauche est en passe, une fois encore, de perdre l’élection présidentielle.

Et pourtant elle devrait s’imposer sans coup férir, au regard du rejet massif de la politique de la droite, à plusieurs reprises depuis 2002, tant dans les urnes que dans la rue.

Et pourtant, face au danger Sarkozy, elle devrait rassembler tous les républicains attachés au modèle social français issu de la Résistance, inquiets de l’ultralibéralisme, du communautarisme et de l’atlantisme du ministre de l’intérieur.

Pourquoi alors un tel décalage avec la volonté du peuple et un tel décrochage avec le mouvement social ?

A l’évidence, le débat avec la droite n’est pas suffisamment frontal et la ligne de démarcation trop souvent franchie avec l’emprunt d’idées au camp adverse, d’où une grande confusion politique qui fait actuellement le lit de l’illusion centriste.

En vérité, la présidentielle s’apparente désormais plus à une compétition de personnalités qu’à une confrontation de projets politiques.

L’image prime sur les idées et les valeurs, le destin personnel sur l’ambition collective, le court terme sur la préparation du futur.

C’est le triomphe, mortifère pour la gauche, d’un marketing politique qu’elle devrait récuser au lieu de s’y couler.

C’est l’américanisation de notre vie politique, considérablement amplifiée par l’instauration du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, d’ailleurs voulues en leur temps par la gauche elle-même !

Pour l’avenir même de la République et de la démocratie, le moment est vraiment venu de s’interroger sur le principe de l’élection du président de la République au suffrage universel, porte ouverte au populisme et à toutes les aventures. Continuer à faire l’impasse sur le sujet pourrait un jour se payer très cher.

Plus fondamentalement encore, l’état actuel de la gauche résulte pour beaucoup de la profonde crise d’identité qui la secoue et affecte particulièrement le Parti Socialiste depuis qu’au pouvoir il s’est avoué impuissant face aux lois du marché.

La leçon du 21 avril 2002, terrible sanction de cette impuissance politique, n’a pas été tirée, comme le « oui » au projet libéral de constitution européenne l’a confirmé.

S’y ajoutent, consternant constat, la division et l’émiettement des forces de gauche qui ont assuré la victoire du Non, privant pour le moment le vote fondateur du 29 mai 2005 de toute perspective politique.

La gauche va mal. Toute la gauche.

Il serait vain de le nier sous prétexte de prochaines consultations électorales car, dans tous les cas de figure, sa refondation s’impose.

L’affirmer maintenant n’est en rien démobilisateur pour le scrutin à venir ; au contraire, cette perspective crédibilise davantage encore la nécessité de battre tout de suite la droite.


3 conditions, 3 engagements

Non, la défaite de la gauche n’est pas inéluctable car celle-ci dispose de réserves importantes qui, faute de discerner une alternative antilibérale, sont indécises et hésitantes.

Il est encore temps de les mobiliser.

C’est évidemment au Parti Socialiste et à sa candidate, seule en mesure de représenter la gauche au second tour, qu’il appartient pour l’essentiel de créer les conditions de la mobilisation et du rassemblement de toute la gauche.

Il y en a principalement trois, sachant que l’appel à battre Sarkozy pour indispensable qu’il soit n’est guère suffisant, comme le démontrent les enquêtes d’opinion.

·         Renouer avec le combat frontal contre la droite, projet contre projet.

Pour la gauche, la présidentielle est avant tout un débat de fond sur le choix de société et non « un lien direct entre le peuple et une personnalité », comme l’a malencontreusement affirmé la candidate. L’oublier est une faute majeure.

·         Ecarter irrémédiablement toute hypothèse de gouvernement ou d’alliance avec l’UDF. Cette clarification est d’autant plus urgente que certaines voix parmi les plus autorisées l’évoquent sans détour.

Un tel scénario signifierait la remise en cause de la stratégie d’union de la gauche et l’implosion du Parti d’Epinay.

·         Placer la question sociale au cœur de la campagne, en s’adressant aux salariés et à la jeunesse, à tous ceux qui, plongés dans la pauvreté, la précarité et la peur du lendemain, souffrent durement de l’implacable et cynique logique financière du capitalisme.


L’urgence sociale exige des mesures concrètes et d’application immédiate pour revaloriser le pouvoir d’achat, assurer à chacun le droit à l’emploi, au logement, à l’éducation, à la santé. Mettons-les en débat sans plus tarder.


Engageons nous, sans faux-fuyants, sur la généralisation des 35 heures et la garantie de la retraite à 60 ans.

Expliquons précisément comment nous nous opposerons aux licenciements boursiers et lutterons contre les délocalisations.

Renforçons le rôle irremplaçable et les prérogatives de l’Etat, seul garant de l’égalité républicaine.

Plutôt que d’appeler au vote utile, qui ne favorise pas la diversité indispensable au rassemblement, mieux vaut expliquer ce qui changerait vraiment avec une présidence socialiste.

Dans cet esprit et au-delà du désaccord avec le « pacte présidentiel », trois engagements de la candidate seraient particulièrement révélateurs du sens que la gauche, revenue aux responsabilités, donnerait à son action :


·         Abrogation de toutes les lois antisociales et liberticides de la droite, à commencer par la loi Fillon sur les retraites, et ainsi clairement afficher l’impossibilité de facilement s’en accommoder, comme cela a été le cas dans le passé.

·         Refus absolu du diktat européen sur la libéralisation de l’électricité et la libéralisation de l’ensemble du secteur postal, et ainsi affirmer la volonté de la gauche de mener sa politique, y compris contre Bruxelles.

·         Renforcement réel des pouvoirs d’une Assemblée Nationale à élire à la proportionnelle, le plus vite possible sans attendre 2012, et ainsi rendre le pouvoir aux représentants du peuple.

Dans ces conditions, la victoire à la présidentielle deviendrait possible.

Sur ces bases, la refondation de la gauche s’engagerait favorablement.


Retrouver l’authenticité socialiste

Souhaiter ardemment la victoire de son camp n’interdit pas la lucidité : la gauche est à refonder.

« L’ordre juste » n’a évidemment rien à voir avec la lutte des classes ou un socialisme réformiste, pas plus que la démocratie d’opinion avec la démocratie militante ou le « New Labour » de Tony Blair avec le Parti de Jaurès et de Mitterrand.

Une page se tourne. L’avenir du Socialisme est en jeu en France comme en Europe où, après plusieurs électrochocs au cours du XXe siècle, la social-démocratie a perdu ses principaux repères, ses « défenses immunitaires » pour reprendre l’expression de Pierre Bourdieu.

Cette fragilité résulte de sa conversion au libéralisme économique et de son incapacité, après la chute du mur de Berlin, à définir un projet alternatif de transformation sociale.

En France, depuis le tournant libéral de 1983, la question est posée au Parti Socialiste : inscrit-il toujours son action dans le but de la transformation vers un autre mode d’organisation sociale ou considère t’il le capitalisme comme « l’horizon indépassable » ?

Ou, autrement dit, qu’est-ce qu’être Socialiste aujourd’hui ?

« Celui qui ne consent pas à la rupture avec l’ordre établi,…avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, ne peut pas être adhérent du Parti Socialiste ».

La réponse de François Mitterrand, au congrès d’Epinay en 1971, fait écho à celle de Jaurès, dans son célèbre discours sur « les deux méthodes » en 1900: « Le Parti Socialiste est un parti d’opposition continue, profonde, à tout le système capitaliste, c’est-à-dire que tous nos actes…doivent être dirigés vers la suppression la plus rapide possible de l’iniquité capitaliste ».

Le monde a beaucoup changé, mais pas l’exploitation de l’homme qui s’est même enrichie de moyens modernes massivement plus efficaces.

En ce début de siècle, le Socialisme reste cette idée neuve pour la justice sociale, l’égalité entre les hommes et la libération des peuples.

C’est la conviction de nombreux militants, à l’intérieur comme à l’extérieur du Parti Socialiste, qui ne se résignent pas à la faiblesse et à l’impuissance actuelles de la gauche.

Au renoncement et à la soumission, ils entendent toujours opposer le volontarisme politique, la transformation sociale et un véritable internationalisme ; à l’obscurantisme et aux intégrismes de tous poils, le progrès et la laïcité.

Face au libéralisme sous toutes ses formes, ils veulent porter un projet de société, fidèle aux idéaux de la gauche et aux valeurs de la République, adapté aux évolutions sociales, économiques et environnementales de notre temps.

C’est le sens de la refondation socialiste à engager, qu’elle que soit l’issue de la présidentielle, pour redonner toutes ses couleurs à la gauche.

La perspective est enthousiasmante.

Elle suppose cependant que tous ceux qui la partagent puissent enfin et rapidement se retrouver.

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